Préhistoire (II)

novembre 7, 2015

Suite des réflexions (ici) concernant le documentaire « Quand homo sapiens faisait son cinéma » de Marc Azéma. En attendant de lire le livre, que ma chère amazone vient de livrer.

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        Le deuxième élément du documentaire, c’est ce thaumatrope préhistorique.

D’abord, la première réflexion qui s’est imposée à moi c’est : je veux un documentaire sur ce gars, Florent Rivère ! C’est de très loin la partie la plus passionnante du film.

Par contre, je n’arrive désespérément pas à voir de mouvement dans ce  thaumatrope, ni dans aucun autre…  et heureusement,  Willoughby vient à mon secours : ce n’est pas un jouet pour faire bouger une image, c’est un jouet pour  superposer deux images ! Le thaumatrope démontre un principe essentiel de l’animation, la persistance rétinienne (principe par ailleurs contesté, mais c’est un autre sujet, qu’il faudra creuser…) , mais pas une création de mouvement.

Je veux bien accepter que les paléolithiques aient fabriqué ces rondelles dans le but de les faire tourner très vite, peut être pour un effet hypnotique, pour le simple plaisir de l’art… mais moi, je n’arrive pas à y voir de mouvement. Je suis peut-être le seul ?

(parenthèse : Le thaumatrope et ses dérivés sont immanquablement cités dans toutes les histoires du cinéma d’animation comme le « début » de l’animation. Mais cette obsession pour des gadgets pour enfants est elle pertinente ? Peut-il exister une histoire de l’animation qui se focaliserait  sur d’autres aspects ? Autour de la Bande dessinée, ou des spectacles de dessin au music-hall ?  Du théâtre de marionnettes ? )

 

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       Le troisième élément est une analyse de la fresque des lions de Chauvet comme une narration graphique.

C’est aussi une constante des résumés de l’histoire de l’animation : les fresques, images, peintures , qui racontent une histoire seraient des précurseurs de l’animation. Les plus souvent cités : la tapisserie de Bayeux, les rouleaux peints japonais, des fresques égyptiennes.

L’idée est que l’animation est avant tout une narration graphique, et donc que tout ce qui relève de la narration graphique est un prémisse de l’animation. C’est une approche qui rapproche l’animation de la bande dessinée et met en valeur son aspect graphique et narratif au détriment de son aspect cinétique.

Ça se défend. C’est un pan entier du cinéma d’animation, et surement le plus important en quantité.

Isao Takahata a d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet, qui lie les anciens rouleaux peint du japon aux mangas et à l’animation. (J’essaie encore laborieusement de le lire , le commentaire  sera pour une autre note.)

Cependant, la narration graphique est une constante de tous les arts visuels… y a-t-il une culture qui n’ait pas eu recours à la narration graphique ? Certes, la peinture classique a une tendance à représenter des instants figés, mais il existe de nombreux tableaux où les évènements successifs d’une même histoire sont juxtaposés. Le Jugement Dernier de Jérôme Bosch par exemple, où la création d’Eve, l’épisode du Serpent et le renvoi du Paradis sont représentés sur une même image. Il y a aussi cette histoire qui est racontée en BD, et souvent même en volume, dans quasiment tous les villages de France : la Passion du Christ.

Créer un lien direct entre la narration graphique des préhistoriques et les films graphiques, n’est ce pas tout simplement constater que les deux font partie du même domaine, la représentation graphique figurative ?

La démonstration que les fresques préhistoriques sont des narrations réalistes et/ou symbolique (hypothèse depuis longtemps envisagée) est passionnante d’un point de vue archéologique. Mais je ne suis pas sûr que ça concerne l’animation et le cinéma.

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        Quatrième partie : des hypothèses sur le mode de présentation des fresques.

C’est la dernière partie du documentaire : par des jeux de lumière d’une part, par le déplacement des spectateurs dans la grotte d’autre part, les fresques rupestres seraient des spectacles audiovisuels et non des tableaux dans un musée.

Ça paraissait une évidence, que des gens capables de peindre ces images là aient été aussi capable de penser des spectacles d’ombre et de silhouette, sans compter ce qu’il pouvait y avoir de danseurs et de chanteurs…. Peut-être qu’un jour on trouvera une marionnette préhistorique ? Ça serait chouette, mais ce qui serait surprenant pour moi, ce serait qu’ils n’en aient pas eu.

Ça parait une évidence pour le béotien que je suis, mais apparemment ça demandait démonstration pour les spécialistes. Je ne sais pas si elle est faite, j’espère que oui.

Pour ce qui concerne l’animation, on est là dans une approche qui lie l’animation au spectacle d’ombre et de silhouette, à la performance, au live. C’est la dimension « spectacle » de l’animation – et du cinéma –  qui est à l’œuvre ici. Celle qui fait que Méliès le magicien est le même artiste que Méliès le réalisateur.

Et comme pour la narration graphique, on n’a pas dit grand chose d’autre que : le spectacle « film d’animation » et le spectacle « Fresque de caverne » appartiennent à la même grand famille des spectacles d’images et des mises en scènes – au coté de tous les spectacles de marionnettes, du théâtre, des processions et défilés, des mystères depuis la nuit des temps…

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Ce documentaire est passionnant pour ce qui de repositionner l’art des cavernes dans l’histoire de l’art. Mais pour ce qui est de porter un éclairage sur ce qu’est le cinéma d’animation et sur ses racines, je ne suis pas totalement convaincu…

 

 

 

 

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